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Yolaine de la Bigne : « La plupart des animaux sociaux prouvent une empathie étonnante même entre espèces différentes ! »

Journaliste, auteure de plusieurs livres sur les animaux, créatrice du site L’animal et l’homme, fondatrice de l’Université d’été de l’animal et de la Journée mondiale des intelligences animales, Yolaine de la Bigne décrypte pour 6boolo les mécanismes subtils du discernement, de l’empathie et des émotions chez les animaux.

Comment définiriez-vous l’intelligence animale ? Est-elle comparable à l’intelligence humaine ?

Yolaine de la Bigne : « Je préfère dire « les intelligences animales » car comme Darwin l’a écrit :  dès qu’il a du vivant, il y a de l’intelligence. Le vers de terre a l’intelligence d’un laboureur qui connait bien la terre, la fourmi a l’intelligence spatiale et collective qui lui est utile etc… Notre intelligence humaine est, elle aussi, riche et diversifiée mais il s’agit surtout, en comparaison avec les animaux, d’une intelligence abstraite qui n’est pas intéressante dans la nature. J’aime cette idée car c’est la base de la tolérance : chaque être vivant est intelligent, en fonction de ses besoins. Donc la comparaison, – que nous aimons tant nous les humains, surtout pour nous prouver que nous sommes supérieurs -, cette façon de toujours comparer ne veut rien dire. Il faut accepter cette merveilleuse diversité, ce foisonnement de talents et d’intelligences qui font le génie de la nature ».

Quels sont les animaux qui se distinguent par des capacités cognitives particulières ?

Yolaine de la Bigne : « Nous connaissons surtout les capacités des animaux qui nous ressemblent car ce sont eux que nous avons le plus étudié, donc les singes.  Les animaux qui nous sont proches aussi comme les chiens nous épatent par leurs talents incroyables. Mais le cheval, par exemple, qui nous a permis de conquérir le monde, est encore considéré par beaucoup de cavaliers comme bête. Ce qui est insensé car le cheval a une intelligence émotionnelle exceptionnelle dont nous ferions bien de nous inspirer pour comprendre mieux les autres. En tant que proie, il a développé une intelligence qui « sent » les énergies même lointaines pour savoir s’il doit fuir ou non. Quand vous arrivez vers lui, il sait déjà dans quel état d’esprit vous êtes. Il vous connait parfois mieux que vous-même ! C’est pour ça que le cheval est un animal extraordinaire pour certaines thérapies auprès de femmes violées, de gens violents, de personnes qui n’arrivent pas à s’exprimer car grâce à son intelligence émotionnelle, il permet de débloquer certaines émotions ».

« La nature est faite d’entraide, d’empathie, d’intelligence du groupe car on est plus forts à plusieurs »

Les animaux sont-ils réellement capables d’empathie ? Comment se manifeste-t-elle chez eux ?

Yolaine de la Bigne : « Durant des siècles nous avons pensé être les seuls capables d’empathie. Les dernières études prouvent le contraire. Une fois de plus, Darwin l’avait dit, mais on l’a mal traduit par intérêt car se baser sur la loi de la jungle permettait bien des dérives (capitalisme sauvage, totalitarisme) ; on se disait qu’il fallait être le plus fort et tant pis pour les autres car c’est comme ça dans la nature ! C’est faux, la nature est faite d’entraide, d’empathie, d’intelligence du groupe car on est plus forts à plusieurs. La plupart des animaux sociaux prouvent une empathie étonnante même entre espèce différentes. On a vu par exemple un lion refuser de manger la chèvre qu’on lui avait donné et en faire sa meilleure copine ».

Vous évoquez aussi la “sagesse” des animaux… De quoi s’agit-il ?

Yolaine de la Bigne : « Il s’agit de la sagesse au sens populaire du terme : le bon sens. Les animaux restent pragmatiques, ils ne se perdent pas dans des croyances, des idéaux pour lesquels ils vont s’entretuer, de belles idées abstraites comme le font les humains. Les animaux veulent vivre. Et le mieux possible. Par conséquent, ils ont gardé ce bon sens que nos sociétés modernes ont perdu : la joie de vivre l’instant présent, l’importance de la famille, le respect de son corps etc… Un seul exemple : ils mangent pour être en bonne santé. Nous sommes les seuls à manger par gourmandise, à nous en rendre obèses et malades. Mais les animaux qui partagent notre vie, chats, chiens chevaux, eux aussi deviennent malades comme nous et trop gros ».

« La question du bien-être animal est un débat qui monte et qui devient politique »

D’après vous et à la lumière des recherches scientifiques les plus récentes, la place que nous accordons aux animaux dans notre société va-t-elle évoluer ? Et dans quel sens ?

Yolaine de la Bigne : « La population est de plus en plus sensible au respect de l’autre. Progressivement, on a commencé à respecter les humains qui ne nous ressemblent pas (lutte contre le racisme), les femmes (lutte contre la misogynie) et maintenant les animaux. C’est, en effet, un débat qui monte (80% des Français veulent plus de bien-être animal) et qui devient politique (voir les résultats étonnants du Parti animaliste), donc la place de l’animal doit évoluer. Encore faut-il que nos dirigeants le comprennent, eux qui ont bien du mal à suivre les évolutions de la société ! ».

Journée mondiale des intelligences animales : le programme complet ici

Propos recueillis par Nasser Negrouche

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