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Confinement : pensez (aussi) à bien nourrir votre cerveau !

Notre alimentation agit aussi sur notre humeur et notre santé mentale. Une bonne raison pour bien se nourrir pendant ce cloisonnement forcé.

Cela fait deux semaines que vous mangez des coquillettes au beurre salé midi et soir ? Sur le moment, c’est certain, c’est réconfortant. Mais il se pourrait bien que cette monodiète régressive soit à l’origine de ce gros coup de blues qui vous terrasse depuis quelques jours… Alors même que vous aviez l’impression de bien gérer émotionnellement cette période de confinement. Vous en doutez ? Les scientifiques découvrent aujourd’hui que nos humeurs ne seraient pas seulement liées au fait d’avoir mangé à notre faim ou pas, mais aussi à la qualité même de notre alimentation, aux types de nutriments ingérés. Prendre garde à son alimentation permettrait ainsi de garder un moral d’acier pour traverser ces moments difficiles. On sait ainsi aujourd’hui que ce que nous mangeons influence notre cerveau et nos comportements. Des études épidémiologiques récentes ont révélé l’existence d’un lien entre une mauvaise alimentation et le développement de certaines dépressions. Une nouvelle discipline, la psychiatrie nutritionnelle, est même en train de se développer. Mais comment ce que nous ingérons chaque jour peut-il agir ainsi sur nos comportements ? La question est complexe… Imaginez d’un côté l’incroyable sophistication de notre cerveau. Et de l’autre, ces millions de nutriments différents que nous ingérons chaque jour ! Les scientifiques commencent tout juste à comprendre la façon dont ce que nous mangeons change subtilement la chimie de notre cerveau et modifie nos comportements.

Bactéries et cerveau

Comment ? En intervenant dans plusieurs processus biologiques en lien avec notre état mental, et notamment dans le fonctionnement de notre microbiote intestinal. Cet ensemble de microbes dont des bactéries, des virus et des parasites qui prospèrent dans nos intestins est le lieu où se fabrique en partie notre humeur ! C’est un véritable écosystème avec des espèces différentes, des prédateurs et des proies : des bonnes bactéries, des brutes et des truandes. Ces dernières, les mauvaises, sont des gloutonnes qui ont tendance à se goinfrer… de sucres et de gras. Elles feront tout pour que vous les contentiez. Comment ? En prenant le contrôle de votre cerveau et en créant des fringales, de celles qui vous font plonger une cuillère dans un pot de Nutella… Surtout, elles nous précipitent vers la déprime parce qu’elles se régalent des bonnes bactéries, qui, elles, font des merveilles pour votre humeur. Certaines d’entre elles fabriquent même des neurotransmetteurs, ces composés dont les cellules nerveuses se servent pour communiquer entre elles et qui influencent notre état mental. Prenez, par exemple, Lacto et Bifido, deux des bactéries qui abondent dans notre côlon. Elles produisent toutes deux du GABA (acide gamma-aminobutyrique), un neurotransmetteur clé qui peut avoir un effet tranquillisant et calmer notre anxiété. Comment ces drôles de bestioles agissent sur notre cerveau ? On pense que ces neurotransmetteurs sont véhiculés jusqu’au cerveau par le nerf vague, ce long filament qui relie le cerveau à de nombreux organes dont nos intestins.

Chouchouter son microbiote

Pour que nos bactéries bienveillantes se développent, il faut donc les chouchouter : leur donner à manger, bien-sûr. Streptococcus et Escherichia, par exemple, sont friandes de tryptophane, une substance que l’on retrouve notamment dans les crucifères comme les brocolis. Les bactéries adorent aussi les aliments fermentés comme la choucroute, le kéfir et les cornichons. Mais il faut aussi prendre soin de leur petit nid douillet : le mucus de nos intestins dans lequel les meilleures d’entre elles vivent. Cette matière collante et visqueuse (celle qui sort de notre nez quand nous nous mouchons…)  est un peu pour celles-ci comme la maison de pain d’épice d’Hansel et Gretel : à la fois un foyer et… un garde-manger ! Pour que ces bactéries, affamées, n’en viennent pas à engloutir leurs murs – les parois de nos intestins !- il leur faut absolument des fibres alimentaires ! D’où la nécessité de manger beaucoup, beaucoup de fruits et légumes. Surtout dans cette période de confinement où le niveau de stress peut être élevé. Le bonheur, même confiné, est un choix : celui de choyer nos bonnes bactéries… ou pas !

Eric Jamin

Sources et références :
-Sur la psychiatrie nutritionnelle : Nutritional psychiatry: the present state of the evidence
– À lire :
Brain Changer, good mental health diet, Felice Jacka
The Psychobiotic Revolution, Mood, Food and the new science of the Gut-Brain connection, Scott Anderson, John Cryan, Ted Dinan (éditions National Geographic)

2 comments

  • J’ai aimé cet article. J’aimerais bien en connaître plus sur l’auteur de ce texte; particulièrement sur son expertise ou ses sources. 😊

    • Bonjour Jessica,
      Merci pour ce commentaire. Vous trouverez quelques unes de nos sources sous l’article. Nous sommes une équipe de journalistes professionnels polyvalents et passionnés de neurosciences. Tous nos articles sont en principe accompagnés d’un encadré “sources et références”. L’oubli est désormais réparé grâce à vous. Merci !
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